La mémoire du temps

par Sandra Vigier

Pourquoi ce titre générique ?

Le temps n’existe que dans son alternance entre les pleins et les vacuités. Ainsi, Réjine Halimi reste l’architecte de cette alternance entre équilibre et déséquilibre.

Le temps est une sorte de contre couleur de ce que l’on croit être établi,et la succession des coups de couteaux qu’elle met dans la matière traduit la douleur de cet état provisoire qui est un passage obligé pour une forme de spiritualité, toujours en devenir.

La lumière n’est plus une question de couleur au sens stricte du terme mais elle intervient dans la construction de l’architecte qui monte un édifice et qui accepte que celui-ci soit un espace vide. C’est une porte importante à franchir que de modeler une matière brute et dure et de savoir qu’elle n’est importante que parce qu’elle peut être détruite. L’idée d’éphémère rend d’autant plus fort le coup de couteau que Réjine Halimi peut mettre dans la matière.

L’artiste utilise en fait deux fils :
Le fil de plomb par la construction et le fil tendu entre deux états mentaux sur lesquels chacun de nous est constamment en équilibre précaire. Son objectif est d’être capable de montrer que plus la matière est dure, plus elle la fait saigner par ses coups de couteau et plus elle donne en lecture directe la précarité de toutes choses.

C’est accepter de lâcher prise et ce lâcher prise elle le rencontre deux fois, d’abord avec son habit d’architecte et ses outils dans les mains, ensuite dans sa rencontre avec l’œil du spectateur qui arrive toujours à saisir sa conversation intime face à l’instant où on bascule dans la vacuité.